
Aux uns, le couple se présentait comme des pèlerins d'Australie ; à d'autres, ils avaient tenu des propos confus citant une "liste noire de la gendarmerie" et promettant que celle de Lagnieu (Ain) ferait bientôt parler d'elle.
Ils n'étaient pas connus des services de police, ne figuraient dans
aucun fichier. Mais Stéphane Moitoiret, 39 ans, et Noëlla Hego, 49 ans,
font désormais figure de principaux suspects dans l'enquête du petit
Valentin Crémault, 11 ans, tué le 28 juillet de 44 coups de couteau à
Lagnieu.
Le couple, décrit comme deux marginaux, a été interpellé sans
violence dimanche 3 août vers 14 heures sur une route d'Ardèche. Ils
ont été reconnus par un témoin grâce à leurs portraits-robots largement
diffusés. Les gendarmes du Cheylard les ont trouvé près de Dornas,
aisément reconnaissables avec le chat noir qu'ils avaient l'habitude de
tenir en laisse au bout d'une ficelle. Placés immédiatement en garde à
vue, et transférés dans les locaux de la gendarmerie de
Bourg-en-Bresse, ils tenaient toujours, lundi matin, des propos
incohérents. A l'issue de leur audition, une information judiciaire
pourrait être ouverte, sans que l'on sache encore avec précision le
motif d'incrimination. "Je ne brûle jamais les étapes", indique le procureur de la République de Bourg-en-Bresse, Jean-Paul Gandolière.
La
section de recherche de la gendarmerie de Lyon, chargée de l'enquête,
reconstitue patiemment un puzzle. Stéphane Moitoiret et Noëlla Hego
étaient bien présents dans la région de Lagnieu le soir du meurtre du
petit garçon ; ils logeaient tout près de là, à quelques trois
kilomètres, dans la salle paroissiale de Saint-Sorlin-en-Bugey.
Quelques heures avant le drame, ils avaient été contrôlés par les
gendarmes pour comportement "suspect" et leur identité relevée.
Le lendemain, mardi, ils avaient été aperçus par des témoins quittant
la commune tôt le matin. Mais c'est surtout l'ADN qui a déclenché les
mandats de recherche.
L'empreinte génétique, masculine,
découverte sur le jogging ensanglanté de Valentin est la même que celle
retrouvée, dans une trace de sang, sur la porte de la salle paroissiale
de Saint-Sorlin-en Bugey. La même, également, que celle qui figurait
sur plusieurs centaines de mètres dans les ruelles de Lagnieu, le long
de ce que les gendarmes estiment correspondre au "parcours de fuite" du meurtrier. Dans la nuit de samedi à dimanche, le procureur en a eu
confirmation. Cette empreinte pourrait être celle de Stéphane
Moitoiret. Ce dernier devrait être également confronté aux images de
vidéosurveillance des banques de Lagnieu qui avaient enregistré vers
minuit, selon Olivia Poupot, officier de communication de la
gendarmerie nationale, l'image d'un homme courant très vite.
Ainsi,
après avoir ouvert successivement puis fermé plusieurs pistes, la piste
familiale, la piste des meurtriers d'enfants, celle de jeunes
délinquants, d'habitants du HLM de Lagnieu où s'arrêtaient les traces
de sang, les enquêteurs, soumis à une très forte pression des media,
ont discrètement privilégié depuis 48 heures, la piste des marginaux
itinérants.
Lundi, la ministre de l'intérieur Michèle
Alliot-Marie devait se rendre au PC d'enquête, situé à
Amberieu-en-Bugey, pour les féliciter. La garde des sceaux, Rachida
Dati, elle, devait recevoir, au tribunal de Bourg-en-Bresse, la famille
de Valentin Crémault dont les obsèques sont prévues mardi.
Isabelle Mandraud pour Le Monde
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